La fin de mon voyage (après "Extraits de mon "journal de bord" - Tour du monde 2024-2025")
- leshurons
- 24 déc. 2025
- 12 min de lecture
Je termine mon tour du monde en 4 chapitres le 07 septembre 2025, après une année à parcourir le monde, à suivre le soleil, et après avoir parcouru environ 200.000 kms à travers plus de 25 pays.
Je continuerai à voyager, probablement jusqu'à mon dernier souffle, et ferai certainement d'autres chapitres avec mes voyages futurs… Et puis, si la vie m'en donne l'occasion, j'écrirai certainement un dernier chapitre à ma retraite quand j'aurai fait un tour complet de moi même, car on sait bien que dans la pensée confucéenne, le plus grand voyageur est celui qui a su faire une fois le tour de lui-même.
Quel voyage incroyable. Quelle épopée fantastique.
Que des souvenirs plus extraordinaires les uns que les autres, ma fête d'anniversaire le 28 octobre à Pucon avec ce musicien magicien qui sort de nulle part pour moi. Mais quel souvenir ! Quelle joie ! J'étais au paroxysme du bonheur, au summum de la plénitude.
Quelques jours auparavant, j'avais adoré ma soirée Tango avec Emma à Buenos Aires, et puis cette inoubliable rencontre à Puerto Madryn avec des baleines à bosse qui sont venues jouer avec notre petite embarcation… Quelle émotion, c'était tellement splendide, tellement unique comme expérience.
Et puis cette vie de nomades en promiscuité avec Emma dans des décors de rêves, dans des conditions spartiates où on se rend compte à nouveau que nous n'avons pas besoin de grand chose pour être heureux. C'est même l'inverse. Je pense qu'on a besoin de se déshabiller de toutes les choses qu'on possède pour être vraiment heureux. C'est pour cela qu'on dit "être heureux " et pas "avoir heureux ". Avec la possession des choses (une vraie illusion car comme nous sommes finis par définition, nous ne possédons rien, tout au plus nous empruntons pendant notre vie), viennent les soucis, les responsabilités, les emmerdes… Et s'en va l'insouciance, la liberté, et le bonheur.
Ces conditions spartiates nous ont donné un vrai sentiment de bonheur, d'essentiel, de sens. Nous étions biens dans notre petit nid ma Emma.
Je dois cependant l'avouer, ce qui nous a manqué le plus c'était internet. Bien plus que l'eau chaude même ! Mais nous avions l'essentiel (un toit pour ne pas avoir froid et de quoi manger pour ne pas avoir faim, les deux choses les plus essentielles de la vie).
J'ai adoré cette vie de nomade en Patagonie sur la trace des plus grands explorateurs de la planète partis à la conquête d'espaces inconnus et de terres inhabitées.
Nos randonnées matinales dans le vent des gauchos et sur les cimes du Fitz Roy. Il faisait froid parfois, mais qu'est ce que c'était vivifiant !
Ce premier chapitre du voyage en Amérique du Sud, surtout en Patagonie s'est terminé par des moments exceptionnels avec la plus belle randonnée à cheval de ma vie en bordure du Parc de Torres del Paine dans la hacienda de la famille de Marcelo et par une randonnée d'une journée jusqu'au Mirador del Frances.
Je suis sorti de là bouleversé, en pleurant (rien que d'y penser l'émotion et les larmes me reviennent) tellement c'était beau, grand, fort, magique, exceptionnel. A ce moment là, j'ai compris que malheureusement on ne valorisait les choses à leur juste valeur que quand on les perdait. On vit dans l'illusion que ce que l'on possède est acquis mais c'est faux. Parce qu'on pense que c'est acquis, on ne le valorise plus autant que ce qu'on désire et qu'on n'a pas encore. C'est lié à l'évolution de notre cerveau mais c'est un biais dangereux et qui peut priver du bonheur. Ce jour là, dans le parc de Torres del Paine, j'étais dans l'instant présent. Le temps s'était arrêté pour moi complètement. J'étais dans la contemplation, le bonheur. J'étais libre.
Après un passage éclair en France pour passer Noël avec les enfants (merci à Vincent de m'avoir prêté son bateau) sur l'eau entre les îles de Lérins, nous sommes partis dans le triangle d'or pour descendre le Mékong jusqu'à ce petit bijou qu'est Luang Prabang au Laos. Au Laos, c'est la gentillesse des gens qui m'a le plus touché. Leur solidarité entre eux. Leur vie sociale.
J'ai adoré Luang Prabang et ses couchers de soleil sur le Mékong. Plus exceptionnels les uns que les autres. J'y retournerai c'est sûr.
L'autre surprise de ce voyage a été Don Kon (et Don Det), 2 îles du Mékong dans le sud du Laos parmi les 4000 îles de cette région. Si vous y allez, restez y absolument 4 nuits au moins. Pas de voiture sur ces îles, que des vélos. Tout est paisible et calme, cela ressemble au paradis sur terre quand la météo y est délicieuse comme cela a été le cas pour nous.
Et puis je vais rester marqué à vie par ce spectacle poignant réalisé par une jeune troupe théâtrale à Siam Reap, au Cambodge. La guerre, la souffrance, la douleur, sont encore beaucoup présentes dans tous ces pays marqués par les bombardements américains. Encore un moment où mes larmes coulaient à gros flots sur mes joues quand je me suis levé pour les applaudir à la fin du spectacle. J'étais seul debout, mais là aussi, uniquement dans l'instant, libre, heureux, et immensément reconnaissant (de ce magnifique cadeau qu'ils m'avaient donné), comblé.
Puis nous sommes allés à Sydney, une de mes villes préférées avec Rio et Barcelone… Où de doux souvenirs sont revenus dans mon cœur. Nous avons pris le ferry le matin pour traverser les magnifiques baies de Sydney et aller nous promener à Cremorne et autour de la ville jusqu'à la plage de Bondi. Nous avons dîné dans un bon restaurant grec un soir et avec le fils de Andrés (un grand ami de longue date) dans un restaurant japonais le deuxième soir, avant de partir pour 3 semaines découvrir l'île du sud de la Nouvelle-Zélande, en camping-car cette fois.
Nous nous sommes régalés dans le fabuleux parc national d'Abel Tasman avec des randonnées, des sorties à vélo et surtout la descente d'un canyon génial, une pizza au feu de bois parmi les meilleures au monde et de la musique locale sous la lune dans un paysage de rêve ! Nous avons adoré le camping "The Barn cabins & camp" à Marahau. Puis nous sommes descendus le long de la côte ouest, alternant randonnées et balades à vélo sur des plages splendides, plus belles les unes que les autres, et des pique-niques dans des décors d'une beauté irréelle.
Nous avons passé la Saint Valentin sur une plage déserte sur la côte nord-ouest de l'île où l'on aurait pu se poser et rester.
Et puis Akaroa, cette petite ville au charme fou, marquée par la colonisation française et qui est l'endroit qui m'a le plus plu en Nouvelle-Zélande. J'y ai vu un mélange de Nice (plage, mer, petits restaurants) et d'Ariège (collines verdoyantes avec des vaches en arrière plan). Nous y avons passé une soirée merveilleuse, suspendus dans ce décors de rêves aux notes d'un guitariste qui nous a régalé d'un répertoire de musiques irlandaises, qui se fondaient parfaitement dans un paysage bucolique sublimé par un coucher de soleil.
Puis cela a été la jungle de Sumatra et deux jours de marche dans la forêt humide à crapahuter pour aller voir les orangs-outans. Rencontres magiques avec des dizaines d'espèces de singes et d'animaux. Là aussi des conditions spartiates, on a (mal) dormi à même le sol, mais je garderai comme souvenir sympa le fait que tout le monde m'appelait "Papa", car Emma et moi avions au moins 20 ans de plus que tous les jeunes qui étaient avec nous.
Puis ce fût la découverte de Manille et de cette jeunesse philippine extrêmement accueillante, souriante et gentille. Nous nous sommes prêtés à une interview de jeunes étudiants avec qui nous avons partagé tout ce que nous pouvions (dans le temps imparti) et tout ce que nous savions. Car, au final, la vie c'est surtout cela. Une chaîne, un relais au cours desquels on partage tout ce qu'on peut. La vie est partage. L'amour est partage. Il n'y a rien sans le partage. Rien.
Retour en France après un clin d'œil à Singapour où j'avais donné il y a quelques années mon premier baiser à Emma…
Puis, après le mariage de mon fils Michael avec sa femme Fernanda à Münich, nous sommes repartis au Mexique… Plus précisément en basse Californie autour de la mer de Cortés… Une des mers qui possède la plus grande biodiversité marine au monde. Puis nous sommes partis à la conquête du grand ouest américain.
L'incontournable Yellowstone. Incontournable. Ses bisons. Sur les traces de mon personnage favori depuis que je suis petit, Jim Bridger. Sur les traces des indiens, des premiers éclaireurs, des pionniers. Revivre ces histoires, ces moments, les apprendre, les comprendre, s'imaginer. S'imaginer ces histoires en contemplant les montagnes au loin assis sur le bord du lac Jackson dans la baie de Colter.
Avant, nous avions été éblouis par la beauté de Bryce Canyon. Du soleil à la neige dans la même journée.
Après avoir descendu le Colorado en rafting pendant une semaine avec nos enfants, nous avons continué notre route jusqu'au Yosemite avant d'aller découvrir les terres des trappeurs et puis l'Alaska, plus au nord encore.
Ketchikan, la capitale mondiale du saumon, avec ses femmes qui il y a encore moins d'un siècle de cela vendaient leur corps dans des ruelles cachées. Ces immenses flétans, ces musées, ces cultures indigènes, cette promenade dans les bois et d'anciens villages où l'on apprend comment faire une pirogue dans un tronc d'arbre. Un savoir qui a disparu. Puis les ours et les grizzlis. La croisière, la balade à vélo à Anchorage. Puis, après avoir remonté toute la route Pacifique 1 jusqu'à Seattle (quel merveilleux steak nous avons mangé là), ce fût le tour de ce volcan, de cette incroyable éruption volcanique à Hawaï. Un spectacle nocturne inoubliable. Comme un dragon qui crache du feu de ses entrailles, un spectacle de sons et lumières comme l'homme n'a jamais fait. Pendant des heures, des centaines de milliers de litres de lave jaillissent du milieu de ce volcan, éclairent le ciel, illuminent notre nuit et atténuent le froid du vent, avant de se refroidir sur les immenses parois du cratère. Nous avons aussi fait de très belles randonnées au sein de ces volcans et de ces paysages lunaires.
Puis croisière aux Marquises et sur Moana (l'océan). Découverte des riches cultures de ce peuple du Pacifique. Tellement passionnant. Tellement intéressant de comprendre ces migrations humaines et ces cultures… Je retiendrai que pour ce peuple du Pacifique le passé est devant eux, devant leurs yeux (car ils peuvent le voir, ils le connaissent et l'ont déjà vu), alors que leur futur est dans leur dos (car ils ne le connaissent pas et ne savent pas à quoi il va ressembler). Pendant la croisière, j'ai personnellement beaucoup échangé et appris de Pascal (le conférencier sur la plupart de ces grandes croisières dans le Pacifique et l'Antarctique). Petit arrêt émotion dans le musée de Jacques Brel. Puis, après quelques plongées merveilleuses dans les atolls et des soirées délicieuses dans les îles nous sommes rentrés en France pour l'été.
Et puis cela a été l'Afrique. L'Afrique avec Craig Van Zyl. Un passionné de faune qui marche avec les animaux depuis plus de 30 ans. Ce n'est pas un safari que nous avons fait avec Alex, ce sont des rencontres. Nous ne sommes pas allés voir les animaux, nous sommes allés leur parler, les comprendre, les observer, les écouter. Toujours essayer de comprendre avant de vouloir être compris. Une des 7 habitudes essentielles (Stephen Covey) pour réussir.
2 séquences émotions fortes… Quand nous nous sommes engagés sur les traces de deux lionnes et d'un jeune lion pendant une heure. Quel pisteur hors normes ce Craig ! Nous marchions dans le désert du Kalahari, au milieu d'arbustes qui à tout moment pouvaient cacher des lions se reposant… Et donc nos cœurs battaient fort, nos sens étaient en alerte maximum "pour voir avant d'être vus", et pour ne pas surprendre ou faire peur à un groupe de lions, ce qui aurait pu déclencher une réaction incertaine. Alex n'était pas fier. Il m'a répété à plusieurs reprises que j'étais complètement fou et m'a dit quelques fois "c'est bon là, on pourrait rentrer maintenant", et puis là, tout à coup, à 10 ou 12 mètres une lionne surgit face à nous et rugit. C'est le fusil que Craig a sorti, nous, bien évidemment à ce moment là, nous avions oublié que nous avions des téléphones pour immortaliser ce moment en photo. Tant pis. Le moment a été immortalisé dans nos corps avec la décharge d'adrénaline.
Ensuite, après avoir excité nos cerveaux, on en revoulait. Cela avait été trop court… On en voulait plus, le revivre, prendre une photo, alors on a suivi les lionnes sur 20 mètres de plus ce que normalement il ne faut pas faire. On les dérange une fois, ils nous avertissent sans conséquence et on en reste là… Mais non, il nous en fallait plus alors on a continué à les suivre pour filmer un peu leur présence et garder le souvenir en images. On comprend mieux après cela pourquoi les drogues rendent addictes. Quand le cerveau, cette machine incroyablement puissante et fabuleuse, est en état d'excitation, on a un sentiment de vivre intensément, de plénitude absolue, et on veut que cela dure… On en reveut…
La deuxième séquence émotion (hormis la visite des éléphants qui sont venus perturber notre déjeuner dans notre camp), c'est quand nous avons suivi des éléphants (les éléphants sont dangereux au Zimbabwe car comme ils ont longtemps été chassés par l'homme, ils nous craignent. Les femelles sont les plus agressives et dangereuses) en terrain découvert, sans nulle part pour nous replier, sans nulle part pour nous cacher… Et là, après être tout de même arrivés derrière un tronc d'arbre pour observer un gros mâle, nous avons finis par nous faire encercler par plusieurs éléphants tous venus manger les fruits de l'arbre sous lequel nous nous trouvions. Le mâle avait en effet secoué l'arbre tellement fort que plein de fruits nous étaient tombés dessous et les femelles éléphants étaient venues profiter de l'aubaine et cherchaient donc à prendre notre place de l'autre côté du tronc pour manger sans gêner le mâle. Comme Craig nous avait décrit les éléphants comme les plus dangereux, nous n'étions pas totalement rassurés. Alex n'en pouvait plus et j'ai pour ma part piqué un fou rire nerveux de le voir paniquer ainsi. J'en ris encore. A un moment Alex dit à Craig, "on peut partir maintenant, on peut y aller là…", et Craig lui répond "mais tu veux aller où ?". J'étais plié en deux. Vraiment. Des souvenirs à tout jamais.
Puis Alex rentre en France et moi je pars pour le Rwanda et Kigali. J'ai été très agréablement surpris car je ne m'attendais pas du tout à ce que j'y ai trouvé. Je m'attendais à une ville pauvre et dangereuse. C'est tout le contraire. Une ville très sympa et à priori sécure. Je suis ressorti, là aussi, marqué à vie par le Mémorial sur le génocide du Rwanda. Ouah. Encore des larmes, encore des émotions, encore de la reconnaissance d'être né au bon endroit, au bon moment. Quel privilège. Merci d'avoir fait ce Mémorial. Regardons face à nous notre passé, n'oublions rien des sauvageries et de la bestialité de l'homme, n'oublions rien des pires moments de l'humanité pour ne surtout pas les répéter. Et puis, j'ai passé la dernière semaine de ce tour du monde en Ouganda pour me rapprocher de nos origines, pour respirer l'Afrique, notre berceau, voir les gorilles des forêts et les chimpanzés et puis les rhinocéros aujourd'hui. Ce soir c'est le retour. Ce quatrième et dernier chapitre de mon échappée d'un an s'achève ici. Merci la vie. Merci la vie. Je vous aime tous.
Je voulais juste terminer ce livre album en remerciant la vie pour tout ce qu'elle m'a donné. Comme je le répète sans cesse à mes enfants pour bien prendre la dimension de quelque chose, il faut toujours ajouter dans vos analyses 2 ingrédients essentiels… L'ingrédient temps et l'ingrédient espace. Cela aide à mieux comprendre les choses. Toujours. C'est ce que je viens de faire… Et cela permet de mieux appréhender le côté absolument exceptionnel de ce voyage. Une telle mise en perspective rend cette fabuleuse aventure d'un an encore plus incroyable.
Depuis l'apparition d'Homo sapiens il y a environ 300.000 ans, il y a eu jusqu'à aujourd'hui 120 milliards de naissances sur terre… Beaucoup de ces individus sont morts jeunes (mortalité infantile élevée avant les vaccins), et jusqu'en 1919 il n'y avait pas d'avions commerciaux. Les premiers avions commerciaux ont fait leur apparition il y a tout juste 100 ans. Et, hormis une poignée de navigateurs légendaires comme Magellan, personne pratiquement n'aurait pu rêver avant le 20ème siècle de faire ce que je viens de faire… Et même, pendant le 20ème siècle, ce n'est vraiment que depuis 1989 que les lignes commerciales se sont énormément développées (aussi avec les "low costs"). Avant les offres et les possibilités étaient extrêmement réduites. Tout cela pour dire qu'à aujourd'hui, ChatGpT estime à moins de 50.000 personnes le nombre de personnes qui depuis l'apparition de Homo sapiens auraient pu faire un tour du monde pareil avec ces caractéristiques (plus de 25 pays, tous les continents sauf l'Arctique et l'Antarctique, plus de 200.000 kms parcourus)… Cela veut dire qu'avec Emma, nous avons l'incroyable privilège de faire partie des 0,00004% des hommes qui depuis l'apparition d'Homo sapiens il y a 300.000 ans ont pu faire un tel tour du monde.
Après avoir connu l'amour (je veux dire après "avoir vraiment aimé" (tout le monde n'a pas cette chance, et pourtant cela reste pour moi la raison d'être et le sens premier de la vie… Aimer, partager), avoir eu des enfants (merveilleux et en pleine santé), et après avoir complété ce tour du monde (exceptionnel), je peux dire que ma vie a été bien remplie, très bien remplie. Viens maintenant le moment du partage avec les enfants, les amis, et puis un jour les petits enfants.
Je viens de me poser à Amsterdam avec ses canaux brillants sous un magnifique lever de soleil. Qu'est ce que notre Europe est belle !
Carpe Diem !
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